La Fenêtre
Christian Rau

Des coups de colère
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                   des mots pour sourire, parfois...

 

des  souvenirs

Emotions  et souvenirs… à  la  Pérec

 

Samedi 13 mars 2010

Je suis profondément triste cette après-midi. 

Mon chanteur préféré, le chanteur qui a ensoleillé ma jeunesse, qui m'a fait vibrer au son de sa voix chaude, ses mots tantôt émouvants, tantôt provocateurs, Jean Ferrat est mort aujourd'hui à Aubenas. 

Jusqu'à mon dernier jour, ses quelques 200 chansons resteront dans mes souvenirs. Ses textes et mélodies restent ancrés dans ma tête à jamais, ainsi que les merveilleux accompagnements de l'orchestre d'Alain Gorraguer

J'ai eu la chance de le voir et de l'écouter au théâtre d'Arras, ainsi qu'au Palais des Sports à Paris en 1972.  Je suis allé me promener à Antraigues, la commune où Jean s'est établi dàs 1964 près de Vals les Bains ("Pourtant, que la montagne est belle !...") 

Combien de fois , dans des moments difficiles me suis-je raccroché à la chanson - magnifiquement interprêtée par Isabelle Aubret (à qui elle était dédiée) - "C'est beau, la vie"...  Le seul timbre de sa voix m'emplissait d'aise, et m'émeut toujours autant aujourd'hui.

Merci à Jean-Raymond, qui me l'a fait apprécier dès ses débuts. 

Vers 1964, je le voyais pour la première fois à la télévision (noir et blanc) chez des amis, à la campagne. Il chantait alors "Nuit et brouillard", lui, Jean Tenenbaum de son vrai nom, dont le père mourut déporté à Auschwitz.  Les paroles m'avaient marqué : "Je twisterais les mots, s'il fallait les twister, pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez !". 

Des airs et des textes inoubliables, en quantité :  "Ma Môme", "La Jeunesse", "Potemkine", "Ma France", "A Brassens", "On ne voit pas le temps passer" (chanson du film de René Allio "La Vieille dame indigne"), "Cuba Si", "Camarade", "la Commune", "La femme est l'avenir de l'homme"...

En mai 1968, j'écoutais souvent "En groupe, en ligue, en procession". Quand il n'interprétait pas ses propres textes, Jean Ferrat mettait merveilleusement en musique les poèmes d'Aragon, d'Henri Gougaud et de son ami Guy Thomas.  De nombreuses chansons font  partie du plus beau patrimoine de la chanson française, au côté des chansons de Georges Brassens, Jacques Brel et quelques autres très "grands" chanteurs.  

En 1975, obligé de faire mon service militaire, alors que le statut d'objecteur de conscience m'aurait exclu à jamais de  la fonction publique, je fredonnais dans ma tête"Caserne" de Jean Ferrat...

D'accord, il y a encore quelques bons chanteurs, mais à mon avis aucun n'arrive à sa taille. Voix éteintes (je ne nommerai personne, mais vous l'avez reconnue), fausses, râpeuses ou criardes, rythmes abrutissants, répertoires assez pauvres, répétitions stériles... et un souci d'affichage et de médiatisation avant tout le reste : voilà le credo de bien des « artistes » actuels, qui occupent le terrain. Il est en tout cas assez rare que mélodie, rythme, accompagnement, voix et richesse du texte, de l'émotion ou de l'engagement soient simultanément au rendez-vous comme chez Jean Ferrat. 

Je suis un peu rassuré, en ce triste jour, de constater que Jean Ferrat n'était pas vraiment oublié malgré sa discrète et longue retraite ardéchoise, que l'engagement politique de l'auteur-compositeur-interprète n'a jamais cessé, jusqu'à son soutien du Front de Gauche aux élections régionales (demain !).   Les nombreuses réactions sincères et attristées qui s'affichent sur la "toile" et les radios m'aident à surmonter une profonde tristesse. C'est un signe de reconnaissance d'un talent qui se fait rare à ce niveau. 

Mais qui sait... un nouveau « grand » chanteur est peut-être sur le point d'éclore pour nous aider à surmonter les maux du siècle ?

En attendant, avec moi, (re)découvrez, écoutez, réécoutez et entonnez les chansons mélodieuses ou (et) engagées de Jean Ferrat !  Son chant est un ruisseau, son chant est une mûre !

   

Je me souviens...                   (quelques souvenirs en vrac …)

 

 
Je me souviens du roucoulement des tourterelles lorsque la fenêtre de la "chambre bleue" s'ouvrait largement sur les jardins séparés par les hauts murs de briques (Amiens)

 

Je me souviens de l'Année scolaire qui me semblait durer une éternité, malgré les vacances d'été qui se prolongeaient en septembre...  (Arras, années soixante...)

 

Je me souviens d'une feuille d’arbre restée verte tout l'hiver.

Nous l'observions depuis notre salle de cours de l'université Fürstenberg, à Münster (Westphalie, hiver 1973-74)

 

Je me souviens d'un printemps particulièrement précoce. Début février 1974, les arbres étaient en fleurs à Münster (Westphalie)...

 

Je me souviens de mon unique tentative de pêche à la ligne, à Gréoux les Bains. Je pêchai alors une... vieille godasse !

 

Je me souviens des premières télévisions en couleurs proposées dans les vitrines D'Amiens lors des Jeux Olympiques de Grenoble, en février 1968. Les couleurs criardes semblaient courir après les joueurs de hockey sans jamais parvenir à les rattraper !

 

Je me souviens de Mai 68 et de ses promenades à vélo : j'avais à peine 15 ans à l'époque de ces "vacances révolutionnaires" !

 

Je me souviens d’anciens voisins de mes parents, une famille nombreuse sympa et folklo. Le grand fils utilisait son jeune frère comme esclave : il lui faisait creuser un souterrain sous le jardin (milieu des années 60...)

 

Je me souviens d'une rencontre avec Albert Ducrocq avant de passer mon oral du concours de SASU, à Paris en mai 1979. Albert Ducrocq m'avait appelé à Arras pour m'associer à son "grand projet" SETI . Je l'attendais dans l'entrée des studios d'Europe N°1, où il m'avait donné rendez-vous. Je fus d’abord  salué par Jacques Martin ( j'admire cette faculté de donner l'impression à toute personne de son public potentiel qu'on la connaît personnellement... )  Albert Ducrocq arriva enfin, avec son grand imperméable gris. Il m'emmena au bistrot du coin où il me paya un chocolat chaud, me présentant les grandes idées de son projet. C'est également ce jour là que je l'invitai à notre prochaine exposition d’ Arras, et que je lui proposai mon article sur l'Inde et l'Espace pour le faire paraître dans Espace et Civilisation. C’est ainsi que je retrouvai mon nom quelques semaines plus tard dans un numéro spécial (Vie extraterrestre) de Pif gadget

 

Je me souviens du temps où lorsque nous allions rendre visite à Mémé, nous emportions avec nous une lettre de maman, et vice versa.  Ces lettres assez longues parlaient un peu de tout : des enfants, de la santé, de l’actualité, du temps, du jardin, des projets et de menus détails - beaucoup plus terre à terre, comme le prix des asperges, de la laitue ou des choux de Bruxelles sur le marché.  La lettre remplaçait alors toutes les banalités qui se disent maintenant par téléphone ou texto... mais c’était autre-chose, de plus chaleureux…

 

Je me rappelle que mes parents ont eu le téléphone très tard : l'année de mon service militaire à Thionville, fin 1975, je crois. J'avais 22 ans. ils n'ont eu la télévision qu'en 1967 (j'avais quinze ans), et la télévision en couleurs en 1978 (j'avais 25 ans).

 

Je me souviens du lait tiède distribué dans le hall de l'école lorque je devais avoir neuf ou dix ans. Très souvent lorsque je bois un verre de lait, l'odeur et la saveur me ramènent à cette époque : il y a une quarantaine d'années...

 

Je me souviens de la boule de verre à facettes qui surmontait le montant en bois tourné par lequel débutait l'escalier de mémé. ( Il faisait face au porte-manteaux )

Je me souviens aussi du gros poste de radio à lampe monté sur le meuble à tiroirs qui séparait dans la cuisine la porte du couloir de celle de la salle de séjour. Le tiroir supérieur recelait la boîte en fer contenant les plaques de chocolat noir (du Suchard, je crois). L'odeur de cette boîte est encore très présente à mon esprit.

 

Je me souviens de mes occupations favorites, lorsque j'avais (sept ans) ? -  Il y avait ce jeu de construction (cubes de bois) qui me voyait faire des prouesses de patience architecturale. Mais aussi - dans l'arrière-cuisine de mémé – « jouer à l'eau ». Mémé sortait tout ce qui pouvait contenir, verser, conduire, filtrer l'eau : dinette, passoire, gobelets, entonnoir, flacons... et je pouvais m'occuper des heures ainsi, à doser, transvaser, agiter, remplir, faire mousser, verser...

 

 

 

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